Soucieux du bien-être des enfants et des familles du Canada, des habitants du village côtier de Bella Bella ou encore des communautés éloignées de Matawa, dans le nord de l'Ontario, se sont réunis à l'occasion de l'événement du CCNSA intitulé Une vitrine sur l'éducation des enfants autochtones — prendre le bien-être de nos enfants et de nos familles à cœur, qui a eu lieu à Ottawa les 13 et 14 mars 2009.
L'héritage du système des pensionnats a appris aux familles qu'il faut puiser dans les forces de la communauté pour aider la prochaine génération. Cet événement a mis en vedette des programmes et des stratégies efficaces pour les parents, les familles et les communautés des Premières nations, inuites et métisses, et a rassemblé un groupe d'aînés et de jeunes parents qui ont échangé leur expérience concernant l'éducation de leurs enfants.
Comme l'a fait remarqué Margo Greenwood, leader académique du Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, lors de l'événement, l'histoire de la colonisation, les systèmes des pensionnats, les politiques de protection de l'enfance, entre autres, ont profondément marqué les enfants et les jeunes qui ont souvent grandis dans des milieux où le soutien social et les rôles et responsabilités traditionnels ont été minés. Nous continuons à tout mettre en œuvre pour favoriser une approche axée sur les points forts afin de répondre aux besoins de nos enfants et qui s'appuie sur nos actifs, nos talents et notre créativité.
Financé par Santé Canada, la manifestation débouchera sur un plan d'action qui permettra aux décisionnaires et aux praticiens d'identifier les problèmes des parents et les stratégies afférentes dans les communautés des Premières nations, inuites et métisses.
Theland Kicknowsway et sa mère Elaine, qui jouent du tam-tam traditionnel, ont fait profiter de leur présence inspirante la vitrine nationale sur l'éducation des enfants autochtones de 2009.

Placer les enfants au centre, et donner le contrôle aux communautés
Pour plus de cent participants œuvrant dans le domaine du développement de la petite enfance et venues des quatre coins du pays, la vitrine nationale sur l'éducation des enfants autochtones a représenté une occasion unique d'apprendre les uns des autres. Les dirigeants nationaux du domaine des droits des enfants et de la santé de la population ont donné le ton en mettant l'accent sur deux principes essentiels : placer les enfants au centre, et donner le contrôle aux communautés.
La sénatrice Landon Pearson a consacré sa vie à la défense des droits des enfants, en représentant le Canada aux Nations Unies (voir Un Canada digne des enfants) et en animant le Landon Pearson Resource Centre de l'Université Carleton.
Forte de son expérience personnelle de parent, elle a pris la parole lors de la rencontre : « Chaque enfant a besoin d'une personne qui l'adore... Le travail du reste de la société, du reste d'entre nous, est de veiller à ce que les jeunes parents bénéficient du soutien de personnes qui les aiment et prennent soin d'eux tout comme eux-mêmes aiment leurs enfants et en prennent soin. »
Le sénateur Wilbert J. Keon, conférencier invité, est chirurgien cardiaque et co-auteur du tout nouveau rapport du sous-comité du Sénat sur la santé de la population, qui présente des recommandations précises quant à la santé autochtone. Selon lui, les programmes et les politiques visant la petite enfance doivent être communautaires et répondre aux besoins locaux.
« Nous connaissons l'existence de disparités criantes en matière de santé entre certaines communautés autochtones, ainsi qu'entre certaines communautés autochtones et la majorité des Canadiens. Mais les solutions ne seront trouvées que si des interventions sont réalisées à l'échelon local, et non pas imposées d'en haut ». Il affirme qu'il est nécessaire d'assurer un continuum des soins de la petite enfance à l'âge scolaire et au-delà pour pallier la nature parcellaire des programmes à laquelle il faut attribuer l'apparition de lacunes en ce qui concerne l'accompagnement de la croissance des enfants.
Wilbert Keon a remarqué que l'interaction et la stimulation au cours de la petite enfance peuvent aider à surmonter les problèmes physiques et mentaux et avoir un effet positif sur la santé et le bien-être pendant le reste de la vie. Il a affirmé qu'à la suite d'audiences faisant intervenir des communautés, des organisations et des groupes autochtones dans tout le pays, le comité a compris que l'approche holistique de la santé est la priorité.
Lors de la manifestation de 2009, Lynda Brown et Heidi Langille, qui travaillent avec des enfants et des adolescents au Centre pour enfant inuit d'Ottawa, ont ravi les participants avec des chants gutturaux traditionnels inuits.

À travers les générations
L'un des points forts de la manifestation a été la discussion par un groupe d'aînés de l'importance de la culture et des valeurs traditionnelles, et l'évocation par un groupe de jeunes parents des difficultés actuelles à élever des enfants.
En évoquant leur lutte contre la toxicomanie ou l'expérience de leurs parents dans des pensionnats, ces parents ont clairement fait savoir qu'il est possible de tirer profit de leur héritage. Ils ont mentionné, par exemple, que :
· les enfants incitent les parents à devenir plus forts et à chercher leurs racines;
· il est possible d'élever ses enfants en s'écartant du chemin pris par ses parents, dont les luttes étaient différentes;
· on fait preuve de force et non de faiblesse en demandant et en acceptant de l'aide, que ce soit de la famille ou de programmes comme le programme d'aide préscolaire;
· il est indispensable d'établir des réseaux et des programmes culturels plus solides;
· où qu'ils vivent, dans les villes ou dans des communautés, les jeunes parents ont besoin de soutien.
Le groupe a également appelé à la compréhension des parents toxicomanes, la toxicomanie étant généralement un symptôme de problèmes bien enracinés. Un membre du public qui travaille au centre pour enfant inuit d'Ottawa a confirmé : « nous voyons de nombreux parents jeunes ou âgés souffrant de toxicomanie, mais pour leurs enfants, ils représentent les personnes les plus importantes au monde. Il est nécessaire de s'occuper des parents célibataires, des jeunes parents et des plus âgés, tout en nous abstenant de juger. »
Des aînés comme Jan Longboat, mohawk, affirment qu'il est urgent que les personnes âgées endossent le rôle de mentor dans les écoles, les communautés et les écoles. Ce sentiment est partagé par l'inuite Elder Rhoda Karetak, qui a commencé à enseigner sa culture lorsqu'elle a réalisé que les enfants grandissaient sans presque rien connaître de leur patrimoine.

« Les enfants que nous élevons seront de trois sortes : des œufs fragiles, des pierres dures ou des êtres humains », explique-t-elle. Avec l'aide de son fils Joe Karetak, qui se fait l'interprète de sa mère, Elder Rhoda Karetak a fait part aux intervenants de l'ensemble du pays de sa vision de l'éducation des enfants.

Pour des programmes sur le rôle parental qui fonctionnent
Les programmes sur le rôle parental évoqués lors de la vitrine sur l'art d'élever un enfant autochtone 2009 du CCNSA mettent en vedette une gamme de modèles de développement de la petite enfance dans les communautés des Premières nations, inuites et métisses.
Certains sont des programmes sans but lucratif, locaux ou à domicile, alors que d'autres sont des programmes gouvernementaux ou des modèles privés. De nombreuses communautés ont pour stratégie de modifier les programmes existants ou de les utiliser de manière créative pour y intégrer une approche culturelle traditionnelle. D'autres créent leurs propres programmes.
Si la liste des programmes proposés à l'échelon national est exhaustive, le comité de planification « Messages du cœur » du CCNSA (voir plus bas) a donné des conseils, son avis et son point de vue pour que l'exemple soit représentatif. Cet événement ne visait pas à faire la promotion de certains programmes, mais à attirer l'attention sur une variété d'options et sur la créativité de la communauté pour adapter des initiatives aux besoins locaux. Plus d'une douzaine de programmes ont été présentés, notamment :
· Triple P Parenting - Première nation Elsipogtog, Nouveau-Brunswick
· Accueil Instruction for Parents of Preschool Youngsters (HIPPY) - Nation Heiltsuk , C.-B.
· Positive Indian Parenting - centre d'amitié Skookum Jim, Whitehorse
· Racines de l'empathie - Première nation Waycobah, Nouvelle-Écosse
· Growing Great Kids™ - Première Nation Westban, C.-B.
Faits saillants concernant les programmes sur le rôle parental
Les autres programmes utilisés dans les communautés des Premières nations, inuites et métisses et exposés lors de l'événement sont les suivants :
1. The Virtues Project™ et la nation Stó:lo
Mary Stewart est coordonnatrice d'un programme sur le rôle parental donné par la nation Stó:lo vivant sur le fleuve Fraser, en Colombie-Britannique. Elle a contribué à modifier un programme axé sur le développement moral et spirituel de l'enfant, intitulé The Virtues Project™, en renforçant sa correspondance avec la culture des Premières nations, particulièrement grâce à la langue. The Virtues Project encourage la mise en application dans la vie quotidienne de vertus comme l'honneur et la confiance qui contribuent à la formation du caractère. Voici des exemples illustrant la manière dont le programme a été adapté pour les parents et les enfants de la nation Stó:lo :
· L'art des Premières nations est intégré aux activités d'apprentissage.
· Cinquante et un mots de vertu sont traduits en langue Halq'emeylem.
· L'animateur intègre une pratique ou un enseignement de la nation Stó:lo ou des Premières nations dans l'activité du mot de vertu.
· Une série de cassettes sonores comportant des mots et des phrases, ainsi que des chants appris dans le programme préscolaire et familial, est utilisée lors des activités d'art et de la période de cercle.
Madame Stewart explique que la majorité des membres du personnel sont des animateurs certifiés. Certains des programmes proposés par The Virtues Project™ prévoient des cours de compétences quotidiennes pour parents, d'initiatives d'éducation du caractère, de changement culturel positif et de création de communauté.
Mary Stewart, de la nation Stó:lo, coordonne un programme sur le rôle parental qui englobe les traditions des Premières nations, la langue stó:lo et les pratiques culturelles dans son adaptation du programme « The Virtues Project™ » destiné aux familles.

2. Collaboration au Step by Step Child and Family Centre — Territoire Mohawk de Kahnawake
Au centre de réputation nationale Step by Step Child and Family Centre de Kahnawake, près de Montréal, l'approche du soutien aux parents ne met pas tant l'accent sur les programmes que sur la philosophie et l'ensemble de principes qui guident l'intervention auprès des familles.
« Nous considérons que les parents possèdent le savoir-faire, explique Nancy Rother, coordonnatrice de la programmation d'inclusion du Centre. Nous travaillons en partenariat avec la famille. Nous expliquons aux parents ce qui fait sourire leur enfant, ce qui le réconforte, quelles sont ses forces, et nous établissons la confiance de manière à ce qu'ils tiennent compte de nos évaluations de l'enfant. »
Cette emphase sur la collaboration et l'encadrement des parents relève d'une approche axée sur les points forts qui aide à acquérir des capacités plutôt que de s'attacher à la pathologie et aux déficiences. En tant que programme d'intervention précoce offert aux enfants de deux mois à six ans, le centre utilise des méthodes comme les questionnaires sur les âges et les étapes (Ages and Stages Questionnaire™), les portefeuilles d'actifs et d'autres programmes qui aident les parents à définir l'étape de développement de leur enfant ainsi que ses forces et ses caractéristiques.
Le Centre propose également une pause café du matin, des ateliers, des groupes de discussion pour les parents et de l'encadrement individuel. Les services et le soutien sont axés sur la culture et sur les faits, et vont de l'aide en matière de la parole et du langage à la santé et la nutrition. Les interventions ont lieu dans le contexte des activités quotidiennes de l'enfant, ce qui renforce leur efficacité tout en faisant le lien entre les milieux thérapeutiques, de vie et scolaire.
Le Step By Step Child and Family Centre est un organisme d'apprentissage qui modifie constamment ses pratiques tout en cherchant à en développer de nouvelles pratiques propres aux peuples indigènes. Par exemple, en collaboration avec la chaire de recherche canadienne en intervention précoce de l'Université du Québec à Trois-Rivières et avec d'autres partenaires, il recherche un nouveau mode de dépistage et d'évaluation qui soit adapté culturellement et qui aide à éviter que la différence culturelle ne soit vue comme une pathologie individuelle ou de groupe. Cliquez ici pour lire un communiqué de presse sur ce projet.
« Nos enfants sont un don... Ils sont un don du Créateur » - Pat Makokis, du Blue Quills College d'Alberta.

3. Programme d'aide préscolaire aux Autochtones - Centre pour enfant inuit d'Ottawa
À l'occasion de la manifestation du CCNSA, le Centre pour enfant inuit d'Ottawa a présenté un programme d'aide préscolaire propre aux Inuits et destiné aux parents et aux enfants du milieu urbain d'Ottawa. Il existe 126 sites d'aide préscolaire dans les communautés urbaines et nordiques du Canada (cliquez ici pour en savoir davantage).
Le Programme d'aide préscolaire aux Autochtones est un programme de développement de la petite enfance financé par l'Agence de la santé publique du Canada et destiné aux enfants et aux familles des Premières nations, inuites et métisses. Cette initiative vise principalement à montrer qu'une stratégie d'intervention précoce conçue et gérée au niveau local peut aider les enfants autochtones à former une image positive d'eux-mêmes, leur donner l'envie d'apprendre et leur procurer des occasions de se développer pleinement et harmonieusement.
Comme le mentionne Karen Baker-Anderson, directrice du centre, les objectifs uniques du programme dispensé par le Centre pour enfant inuit d'Ottawa consistent à répondre aux besoins des Inuits du Nord venant de régions différentes et s'installant souvent pour la première fois dans un milieu urbain. Le Sivummut Head Start program, le Tumiralaat Child Care Centre, le Family Literacy program et les programmes pour les jeunes comme Bridging the Gap et Youth Central visent à donner à chaque enfant et à chaque famille un milieu d'apprentissage favorable qui fait la promotion de la culture et de la langue inuites.
Les activités du centre comprennent des cercles de parents pour discuter de sujets d'intérêt, des conférences et un repas. Un coordonnateur de la culture favorise l'intégration des apprentissages culturels dans tous les programmes du centre. Les parents reçoivent de l'aide pour défendre le droit de leurs enfants à l'école, par exemple lors des rencontres avec l'enseignant. Des présentations en classe sur la langue et la culture inuites sont également proposées.
De manière plus générale, les programmes des projets PAPA s'articulent autour de six principaux thèmes : éducation et préparation à la fréquentation scolaire; culture et langage autochtones; participation parentale, promotion de la santé; nutrition et soutien social. Les projets sont conçus et contrôlés à l'échelon local et sont administrés par des organisations autochtones sans but lucratif. Le programme PAPA fait directement participer les parents et la communauté à la gestion et à la réalisation des projets. Ces derniers sont aidés dans leur rôle de principal enseignant et de principale source d'influence de l'enfant, et beaucoup d'importance est accordée à la sagesse des aînés.
4. Thérapie par le jeu axée sur l'attachement — Métis Community Services Society of BC
Kelly Kubik est l'ancienne directrice de la Métis Community Services Society of BC, de Kelowna, qui vient en aide à près de 3 000 Métis de la ville. Lors de la manifestation, elle a fait remarquer qu'un peu plus de la moitié des enfants pris en charge en Colombie-Britannique sont déclarés Autochtones, contre 35 à 40 % de Métis.
Ce sont les références et le bouche à oreille qui incitent les parents et les jeunes à participer aux programmes de la Métis Community Services Society. La culture unique du peuple Métis est un élément central des programmes et permet d'aider ceux qui ont gardé des séquelles du système des pensionnats. « Les parents ont réellement besoin d'apprendre à devenir parents », déclare Kelly Kubik.
Détentrice d'une maîtrise en relation thérapeutique, Sandra Martinson est thérapeute par le jeu pour la Société. Elle a recours à des programmes qui favorisent le sens de l'appartenance et de la sécurité chez l'enfant, et qui permettent une intervention précoce auprès des enfants ayant des problèmes de développement.
« Come Play With Me » est un programme de thérapie par le jeu axé sur l'attachement qui favorise particulièrement le rôle parental. Inspiré des principes de Theraplay®, le programme de thérapie par le jeu axé sur l'attachement a recours à une méthode pratique basée sur le jeu interactif pour convaincre les enfants qu'ils sont dignes d'affection et que le monde est un endroit où il fait bon vivre. « Mon intention pour le groupe est de faire acquérir aux parents des compétences visant à intégrer l'enfant dans le foyer », explique Sandra Martinson.
La plus grande partie du programme a été créée à l'échelon local et les pratiques culturelles métisses y ont été intégrées pour aider les parents à établir des liens avec leurs enfants. Les interactions positives favorisent le sens de l'appartenance et de la sécurité de l'enfant. Les services de la Société sont financés par l'Interior Health Authority de Colombie-Britannique, et sont accessibles à tous les enfants et adolescents autochtones (Métis, Premières nations, Inuits). Actuellement, Val Richards est la directrice par intériem de la société.
5. Programme autochtone de développement du jeune enfant — conseil tribal Nuu-chah-nulth
Le conseil tribal Nuu-chah-nulth fournit des programmes et des services à près de 8 000 membres inscrits qui vivent sur la côte Ouest de l'Île de Vancouver. Trois travailleurs du domaine du développement du jeune enfant animent le programme autochtone de développement du jeune enfant lors de visites à domicile de membres de quatorze nations, dont plusieurs ne sont accessibles qu'en bâteau, par chemin forestier ou par avion (cliquez ici pour visiter le site Web du programme de développement du jeune enfant Nuu-chah-nulth).
Le programme autochtone provincial de développement du jeune enfant diffère sur plusieurs points des versions traditionnelles, particulièrement en aidant les parents dont les enfants démontrent un développement à la fois typique et atypique. Lorsque l'enfant présente un risque de retard dans le développement, par exemple pour la parole et le langage ou dans le développement physique, les travailleurs des communautés Nuu-chah-nulth réfèrent les familles et les soutiennent tout au long des démarches souvent longues et coûteuses visant à recevoir l'aide adaptée.
Jackie Watts, intervenante principale, décrit le programme de Nuu-chah-nulth comme une initiative d'autogestion intégrant la vision culturelle de l'enfant comme don du Créateur. Le programme est axé sur la famille et se base sur les points forts. Les travailleurs en développement de la petite enfance se concentrent sur les visites à domicile de familles et de gardiens et gardiennes ayant des enfants jusqu'à six ans. Les gardiens et gardiennes reçoivent de l'information sur le développement de l'enfant dans un contexte culturel, répondent aux questionnaires « Ages and Stages » concernant leurs enfants, et reçoivent de l'aide pour planifier à domicile et dans la communauté des activités d'apprentissage visant à encourager la croissance de ces derniers.
6. Projet pilote « Supporting Security » destiné à la Première nation Eabametoong, Fort Hope
Située à Fort Hope, en Ontario, la Première nation Eabametoong a entrepris un projet pilote, selon lequel quatre employés ayant suivi le programme de psychiatrie infantile de l'Hospital for Sick Children de Toronto dispensent un programme favorisant l'établissement de liens affectifs entre les jeunes enfants et les parents.
Le rôle parental d'attachement part du principe que les bébés apprennent à faire confiance et s'épanouissent lorsqu'un adulte répond constamment à leurs besoins, et ce, dès le plus jeune âge. Pendant douze semaines, des travailleurs ont aidé des parents au cours d'activités quotidiennes et leur ont montré à « décoder » leur enfant et à mieux comprendre leurs sentiments et leurs besoins.
La bande Eabametoong est l'une des dix communautés membres des Premières nations Matawa, dont cinq ne sont accessibles que par voie aérienne ou nautique ou par route d'hiver. La communauté de Forst Hope compte environ 1200 membres, dont 60 % sont des enfants.
L'utilisation de la « cybersanté » dans ce projet pilote a permis de surmonter l'obstacle de la distance et d'organiser des reunions à distance avec les représentants du programme hospitalier. Les enregistrements vidéo des séances réalisées avec l'autorisation des parents ont également donné l'occasion d'obtenir des commentaires sur les interactions entre les parents et les enfants.
Flora Waswa, responsable par intérim du programme Healthy Babies dans la communauté, a remarqué que le programme d'intervention préventive « Supporting Security » a beaucoup contribué à renforcer la confiance des parents. « Il s'agit d'un excellent programme et les parents savent mieux s'y prendre pour jouer avec leurs bébés », commente-t-elle.
Le chef et le conseil de bande Eabametoong ont appuyé le projet, qui a été animé par Jean Wittenberg, psychiatre pour enfants et responsable du programme de psychiatrie infantile de l'Hospital for Sick Children. Le docteur J. Courteau de Santé Canada et KO Telehealth and Telepsychiatry de l'Hospital for Sick Children ont permis la réalisation de ce projet. (Pour en savoir plus sur KO Telemedicine, qui fournit des technologies de l'information aux Premières nations de l'Ontario, cliquez ici.) Le projet pilote « Supporting Security » a inspiré à des groupes similiaires des projets destinés aux pères et pourrait servir à des aînés.
7. Programme Y'a personne de parfait de l'unité de santé Porcupine de Moosonee, en Ontario
Le programme Y'a personne de parfait soutient les jeunes parents de cette communauté nordique d'environ 2 500 membres. Elle est financée dans la réserve par la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits de Santé Canada et hors réserve par le Centre de promotion de la santé de l'Agence de la santé publique du Canada.
Animée par des éducateurs spécialisés en éducation des enfants, Y'a personne de parfait fournit aux parents un lieu sécuritaire où se rencontrer et discuter de leur vécu. Le programme comprend cinq livrets faciles à lire (sur l'esprit, le corps, la sécurité, le comportement et les parents) et un sixième supplément sur les sentiments. Ces documents font la promotion de la discipline non physique et des moyens alternatifs de gestion des réactions émotionnelles de leurs enfants ainsi que des leurs.
À Moosonee, le programme est dispensé par l'intermédiaire de l'unité de santé de Porcupine de concert avec le Moosonee Native Friendship Centre (dans le cadre des méthodes d'éducation traditionnelles), le Moosonee Family Resource Centre (qui donne de l'information sur la violence domestique), ainsi que les Programmes d'aide préscolaire aux Autochtones qui permettent une approche plus globale du soutien parental.
Au Canada, plus de 5 000 travailleurs communautaires, parents et professionnels de la santé publique ont suivi la formation d'animateurs du programme Y'a personne de parfait. Pour en savoir plus, consultez l'Agence de santé publique du Canada.
Affronter les obstacles
Des participants ont mentionné certaines des difficultés éprouvées dans le cadre du soutien des parents et des gardiens et gardiennes autochtones en vue d'élever la prochaine génération. D'autres problèmes ont été identifiés par les programmes eux-mêmes. Par exemple, le programme provinciel de développement de la petite enfance axé sur la famille, « Aboriginal Infant Development Program (AIDP) of BC », fait mention des problèmes suivants soulevés par le soutien au développment destiné aux familles autochtones :
· les problèmes d'accès aux services;
· la complexité des problèmes familiaux et communautaires;
· le manque d'outils de dépistage autochtones en matière de développement;
· le caractère tardif ou l'inexistence d'orientation des enfants;
· le manque d'accès aux programmes culturellement sûrs;
· la collecte de données significatives.
En s'adressant aux participants, Debbie Dedam-Montour, première dirigeante de l'Organisation nationale des représentants indiens et inuits en santé communautaire (ONRIISC), a applaudi la reconnaissance des interventions à l'échelon local, un rôle essentiel joué par les représentants de la communauté sanitaire. Elle a également mentionné le besoin pressant de soutien à la formation de RSC dans le domaine. Ryan Calder, directeur de la nation Métis de Saskatchewan, a fait remarquer que les services pour Métis sont généralement fournis par des organisations traditionnelles plutôt que par des organisations métisses, et que les programmes sont rarement propres à cette catégorie. « La situation actuelle est assez incohérente », ajoute-t-il.
Norma Gould, coordonnatrice du Family Resource Centre des Premières nations Waycobah en Nouvelle-Écosse, a affirmé qu'il est vraisemblable que de nombreux participants de la rencontre doivent répondre à des besoins variés et pressants des communautés locales. Selon elle, il est nécessaire de soutenir ce travail important à l'échelon local.
Vivian Scott, qui a exprimé son point de vue dans le groupe de parents, a fait observer que la succession d'obstacles « nous a rendu plus forts en tant que peuple autochtone ». Nombreux sont les participants qui ont puisé dans la rencontre nationale de nouvelles connaissances et une énergie renouvellée.
En conclusion, Margo Greenwood, leader académique du Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, a rappelé que l'histoire de la colonisation, les systèmes des pensionnats, les politiques de protection de l'enfance, entre autres, ont profondément marqué les enfants et les jeunes qui ont souvent grandis dans des milieux où le soutien social et les rôles et responsabilités traditionnels ont été minés. Nous continuons à tout mettre en œuvre pour favoriser une approche axée sur les points forts afin de répondre aux besoins de nos enfants et qui s'appuie sur nos actifs, nos talents et notre créativité. Nous vous remercions d'avoir donné tout son sel à cette importante rencontre nationale. »
Remerciements...
Le CCNSA tient à remercier les organisations suivantes pour leur contribution financière à cet évènement :
· Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits, Santé Canada
· Centre d'excellence pour les enfants et adolescents ayant des besoins spéciaux, Université Lakehead
· Aboriginal ActNow BC
Le CCNSA tient également à remercier les membres de son comité directeur pour leurs conseils et leur appui :
· Al Lawrence, Le'Lum'uy'l Centre, Duncan; Membre de la BC Early Childhood Development Table; Aboriginal Childcare Society
· Shirley Tagalik, consultante en éducation, Inukpaujaq Consulting
· Tom Dignan, région de Thunder Bay, Santé Canada
· Karen Baker-Anderson, directrice, Centre pour enfant inuit d'Ottawa
· Heidi Langille, coordonnatrice, Bridging the Gap, Centre pour enfant inuit d'Ottawa
· Lynda Brown, coordonnatrice de perfectionnement des parents et de la communauté, Centre pour enfant inuit d'Ottawa
· Colleen Sauve, coordonnatrice du programme Aboriginal Healthy Babies, Odawa Native Friendship Centre, Ottawa
· Cathy Winters, Analyste principale en politiques, Enfance et jeunesse, Santé Canada
· Dan George, animateur, président de Four Directions Management Services
· Arlene Moscovitch, réalisatrice
· Kelly Terbasket, Blind Creek Consulting