Décembre 2010 - Une nouvelle étude de la C.-B. indique que les autochtones à faible revenu en milieu urbain sont à risque de tomber dans un cycle de pauvreté avec l'explosion d'institutions financières périphériques qui facturent des frais et des taux d'intérêt excessifs au Canada.
« Ces institutions périphériques risquent de faire tomber les gens, particulièrement les autochtones à faible revenu, dans un « piège de créance », indiquait monsieur Paul Bowles, docteur en économie de l'Université du nord de la C.-B. Monsieur Bowles est coauteur du rapport en réponse aux préoccupations soulevées par la ville de Prince George au nord de la Colombie-Britannique à l'égard de la prolifération d'institutions financières périphériques comme les bureaux de prêteurs sur gages et les sociétés de prêts sur salaire.
« L'étude révèle que les Autochtones sont les principaux utilisateurs de ces services. Ils s'en servent habituellement pour encaisser les chèques d'aide au revenu et d'autres chèques du gouvernement, » mentionnait monsieur Bowles. Les personnes, qui sont considérées « trop risquées » par l'industrie bancaire en général, peuvent avoir à verser des taux d'intérêt de plus de 800 pour cent pour recevoir des services comme les prêts sur salaire. Cette situation existe malgré le fait que tous les Canadiens, ayant une carte d'identité de base, ont un droit reconnu par la loi d'ouvrir un compte de banque et d'encaisser les chèques du gouvernement à des coûts beaucoup plus bas.
L'étude a été commandée par le Aboriginal Business and Community Development Centre (ABCDC) de Prince George et soutenue par le Centre de la collaboration nationale de la santé autochtone et le NEARBC (Network Environments for Aboriginal Research, B.C.)
S'occuper des populations autochtones qui vivent « sur le fil du rasoir »
Monsieur Ray Gerow, président et président-directeur général d'ABCDC à Prince George, mentionnait que l'étude donne un aperçu des problèmes auxquels font face les autochtones en milieu urbain qui « vivent sur le fil du rasoir, mais qui gardent toujours l'équilibre. » Il mentionnait que la plupart des organismes de service social de Prince George, comme dans d'autres villes canadiennes, se concentrent surtout à aider les personnes au bas de l'échelle socio-économique.
« Notre bureau commence à s'intéresser aux individus au sein de notre communauté qui ne vivent pas encore dans la rue. Nous avons découvert qu'ils reçoivent peu ou pas d'aide ou de soutien pour les empêcher de se retrouver dans une situation précaire. »



Prince George compte une population de 75 000 personnes dans une région dont quelque 13 pour cent des membres sont des Autochtones, la proportion la plus élevée de la province. Les Autochtones en milieu urbain au Canada sont deux fois plus touchés par la pauvreté que les personnes non autochtones.[1]
Monsieur Bowles indiquait que les études sur le rôle des institutions financières périphériques et leur relation à l'égard de la pauvreté se sont concentrées jusqu'à présent aux grands centres urbains comme Vancouver, Winnipeg et Toronto, mais que nous avons très peu de données sur le problème dans les communautés rurales plus petites.
« Nous voulions savoir qui utilisait les services à Prince George et pourquoi, » mentionnait monsieur Bowles. Il s'agit d'un rapport unique du fait que 60 pour cent des personnes ayant répondu au sondage étaient autochtones. La moitié des répondants était sans emploi et comptait sur un éventail de paiements de transfert. Les utilisateurs autochtones ont indiqué des revenus inférieurs aux répondants non autochtones, alors que 80 pour cent indiquaient des revenus annuels inférieurs à 20 000 $. Le sondage a également révélé que les institutions périphériques étaient concentrées près des hôtels et des logements à prix abordable, ainsi que des installations de services dont la clientèle était des sans-abris, des jeunes, des autochtones et des individus à faible revenu.
Une cause renforçatrice de la pauvreté
Monsieur Bowles indiquait que les études tendent à considérer les institutions financières périphériques à la fois comme un symptôme et une cause renforçatrice de la pauvreté. Parce qu'elles n'acceptent pas de dépôts, ces institutions ne sont pas assujetties aux mêmes règlements que le secteur financier en général. La législation fédérale en vertu du Code criminel établit le taux d'intérêt légal maximum pour les prêts à 60 pour cent par an, y compris les frais facturés par les institutions. Des modifications apportées au code en 2007 ont permis aux provinces d'imposer leurs propres règlements.
En C.-B., les frais réglementés par le gouvernement sont plafonnés à des niveaux assurant la rentabilité de l'industrie, mentionnait monsieur Bowles. Par exemple, les institutions financières périphériques qui offrent des prêts sur salaire peuvent facturer des taux de 23 $ par 100 $ empruntés. Ce qui signifie qu'un client paie 64,40 $ pour emprunter 280 $ pour 10 jours, soit un pourcentage annuel nominal de 839,5 %. Ainsi, selon le rapport, cette réglementation ne protège pas suffisamment l'intérêt public.
Monsieur Bowles mentionnait que les décideurs doivent trouver des solutions de rechange tout en s'occupant des causes sous-jacentes à l'exclusion financière.
« Nous croyons que cette information est importante afin de trouver des réponses efficaces aux politiques, » indiquait-il, qu'il s'agisse de mieux sensibiliser les individus aux droits de recevoir un service des institutions en général à celui de créer des institutions qui répondent particulièrement aux besoins des individus à faible revenu.
Premiers balbutiements d'un programme unique
Monsieur Gerow indiquait que le Aboriginal Business Development Centre de Prince George a récemment mis sur pied un nouveau programme de littéracie en matière financière qui peut faire échouer les prêteurs avides et améliorer la situation socio-économique en général de la communauté autochtone. À partir de l'information, le Centre a adapté des approches de développement économique des communautés similaires (comme le programme « Embers » de Downtown Eastside à Vancouver, « Ontario Rent Bank Network » d'état et l'initiative « Momentum » de Calgary), le programme cible la littéracie en matière de logement et de finance en tant qu'éléments essentiels au perfectionnement. Il comprend :
- une banque de dépannage pour paiement de loyer qui permet de proposer aux personnes des prêts provisoires en vue d'honorer leur paiement si un chèque du gouvernement est reçu après la date du loyer payable;
- une formation sur la littéracie en matière financière afin d'aider les gens à vivre en fonction de leur budget;
- un programme d'économie adapté qui encourage les personnes à économiser afin d'acheter un bien, comme une machine à coudre ou des outils, qui favorisent l'indépendance économique.
« Nous avons un peu d'argent et un certain appui des institutions plus progressives comme la VanCity Savings de Vancouver, la Fondation Vancouver ainsi que les initiatives et organisations locales. Nous pouvons ainsi aider les individus admissibles au programme en leur accordant un prêt bancaire de dépannage, sans intérêt, pour payer le loyer, » mentionnait monsieur Gerow. « Nous ne sommes pas un organisme de service social. La banque de dépannage pour paiement de loyer est conçue pour aider les gens qui se trouvent dans une situation précaire économiquement et socialement, qui avec l'aide appropriée, peuvent maintenir leur style de vie et progresser plutôt que de s'effondrer, » disait monsieur Gerow.
En mai 2010, le programme indiquait que 43 individus ont pu garder leur logement entre avril 2009 et mars 2010. Quarante-sept prêts totalisant plus de 31 000 $ ont été accordés depuis février.
Monsieur Gerow indique que nous avons depuis longtemps fermé les yeux sur les besoins des Autochtones en milieu urbain dans les villes canadiennes. « Actuellement, les services sociaux sont la voix des personnes vivant en ville. Toutefois, ces services ont tendance à avoir un fardeau de déficit et à s'intéresser aux problèmes plutôt qu'aux forces. En tant que centre d'affaires, nous nous intéressons à consolider une fondation qui soutient l'avancement économique pour aider les individus, familles, organisations et communautés autochtones à atteindre leur plein potentiel. »